Tove Alexandersson, brillante sur le Marathon des Causses

23 titres mondiaux en orientation*. 10 en ski-orientation. Deux sacres en ski-alpinisme, un en skyrunning, et la couronne du trail court en 2025, Tove Alexandersson est l’un des phénomènes sportifs de la décennie. Deux ans qu’elle s’intéresse « un peu plus » au trail, et rien qu’en 2026, la Suédoise aura pulvérisé Zegama et le Mont-Blanc. À Millau, elle termine 4e au scratch du Marathon des Causses, à 35 petites secondes du podium masculin !
Interview réalisée par Julien Gilleron · Photo Enzo Planes
Après ton forfait à l’OCC, l’un de tes grands objectifs 2026, tu auras donc choisi les Templiers : plan B ou course que tu prévoyais depuis toujours ?
Non, j’ai décidé d’y aller seulement quelques semaines avant la course. Mais aucun regret : je suis contente de l’avoir cochée !
À quel moment construis-tu ton avance de 14’ sur Bonzi, et quel passage des Causses retiendras-tu ?
Je ne sais pas trop… je n’ai pas regardé les temps intermédiaires. En revanche, ce que j’ai préféré, ce sont clairement les derniers kilomètres… où j’ai doublé beaucoup d’hommes (sourire).
Tu termines à 35 secondes de Jules Mongellaz. Savais-tu que tu jouais aussi le podium masculin ?
Absolument pas, je n’en avais aucune idée pendant la course. Je cherchais simplement à rattraper ceux que je pouvais voir devant moi !
Après tes reconnaissances minutieuses à Zegama, avais-tu également étudié ce parcours, ou l’improvisation fait-elle partie de ta stratégie ?
Non plus : je n’avais couru que les 3 derniers kilomètres du parcours, la veille de la course. Pour le reste, je ne savais donc pas précisément à quoi m’attendre.
Fred Tranchand nous décrivait l’orientation comme un univers familial, dans lequel on grandit ensemble. On associe souvent ces qualités aux Templiers… en as-tu retrouvé quelque chose à Millau ?
C’est exactement cela, tout à fait vrai pour le monde de l’orientation ! J’imagine qu’il est un peu difficile de ressentir cela quand on ne comprend pas le français (rire) mais j’ai adoré l’ambiance de la course !
En Suède, tu connais ces courses qui sont de véritables institutions : Lidingöloppet, O-Ringen... Les Templiers cultivent leur histoire depuis 1995. Y as-tu senti ce poids de l’histoire, ou faut-il être Français ?
(Réflexion) Une chose m’a marquée : j’ai encouragé les coureurs au départ et à l’arrivée du 80 km. Là, j’ai vraiment ressenti l’ampleur, l’historicité de cette course, oui.
En 2017, tu rafles la vertigineuse Limone Extreme avec 12’ d’avance mais démolie. Tu seras championne du monde de skyrunning dès 2018 : comment t’épanouis-tu dans ces terrains extrêmement techniques que l’orientation ne t’a pas appris ?
Je crois que c’est justement grâce à l’orientation que j’aime autant les terrains techniques : j’ai l’habitude de courir sur des terrains encore plus techniques ! La principale différence, quand on vient de l’orientation, c’est donc plutôt la longueur des courses, des formats.
Tu performes donc sur tous les terrains. Alors quelles qualités as-tu prévu d’améliorer en 2027, si besoin ?
Eh bien l’an prochain, je vais de nouveau donner un peu plus de place… à l’orientation : j’espère donc retrouver davantage de vitesse sur les courses courtes, tout en conservant la capacité à tenir sur les longs trails.
En 2025, le visage marqué par cinq points de suture, tu deviens championne du monde de trail avec près de 34 min d’avance. Visage de guerrière, le monde semble alors découvrir ton palmarès. As-tu regretté cette discrétion passée ?
Non, j’avais déjà prévu, avant les Mondiaux, de me concentrer sur le trail cette année et de rejoindre une équipe : et Salomon m’a semblé un excellent choix ! Je pense que c’était le bon moment pour moi de faire davantage de trail. Je suis heureuse d’avoir eu le temps de participer à toutes ces compétitions dans d’autres sports les années précédentes : sincèrement, je n’aurais pas voulu me lancer plus tôt.
En 2027, les Mondiaux d’orientation en Hongrie précéderont ceux de trail au Cap. Deux titres mondiaux la même année : est-ce une ambition réelle ?
Pas sûr : l’an dernier, j’ai été championne du monde dans trois sports différents (ski-alpinisme, course d’orientation et trail). Alors, je suppose que ce sera difficile de faire mieux !
Tu disais viser un jour la longue distance : après ce Marathon des Causses, difficile de ne pas t’attendre sur les 80 km du Grand Trail. Ou préféreras-tu d’autres dates sur 30 à 60 km en 2027 ?
Pour le moment, je suis plutôt attirée par les courses plus courtes. Je pense donc me concentrer sur ces distances au moins pendant les (quelques ?) prochaines années (sourire).
* 23 titres de championne du monde de course d'orientation (record partagé avec Simone Niggli), auxquels s'ajoutent 10 médailles d'argent (2012-2025) et 3 de bronze (2011-2014) : 36 médailles mondiales depuis 2011. 10 titres mondiaux en ski-orientation, championne du monde de ski-alpinisme (combiné 2021, individuel 2025), championne du monde de skyrunning 2018, vice-championne du monde de course en montagne 2023, championne du monde de trail court 2025 à Canfranc (34' d'avance). En 2026 : Grand Raid Ventoux 50K, Zegama (4h08'09, record), Marathon du Mont-Blanc (3h55'07), Marathon des Causses (2h42'49), Tsaigu Trail 50K en Chine (49,7 km / 2629 m D+) en 4h25’44, 5e scratch.



























