Entretien · 2 novembre 2026

Francesco Puppi : « Les Templiers, c'est une course emblématique, une classique, un monument »

Francesco Puppi : « Les Templiers, c'est une course emblématique, une classique, un monument »

Pourquoi avez-vous pris la décision tardive de participer au Grand Trail des Templiers ?

Ce n'était pas vraiment une décision de dernière minute ; après la Western States, je ne savais pas trop comment mon corps réagirait. J'ai donc attendu d'être confiant quant à mes capacités de performance avant d'annoncer ma participation et de m'inscrire aux Templiers. Heureusement, j'ai pu bénéficier d'une très bonne période d'entraînement en septembre, après avoir couru l'OCC lors de l'UTMB, ce qui m'a permis de bien me préparer, malgré quelques petits contretemps.

Sur votre compte Instagram, vous avez écrit en français : « Templiers, je vous aime ». Pourquoi avez-vous tant apprécié cette épreuve ?

C'est une course emblématique, une classique, un monument, un peu comme le Tour de Lombardie dans le cyclisme. Pour moi, inscrire cette épreuve à mon palmarès signifie beaucoup. J'apprécie particulièrement le parcours, l'atmosphère et l'ambiance ; le fait qu'il ne s'agisse pas d'une course alpine est assez rare pour une épreuve européenne. Les Templiers ont exercé une influence majeure sur le trail running, servant de modèle à de nombreux autres événements. Le concept, le style, l'organisation et la manière dont sont accueillis les participants (des élites aux coureurs en fin de peloton) trouvent leurs racines dans des événements comme les Templiers. C'est aussi une course indépendante, où les organisateurs accordent une réelle importance à chaque athlète, quel que soit son niveau.

Après la course, vous avez évoqué 55 km difficiles, où il a fallu gérer la fatigue, suivis de 25 km courus avec beaucoup de puissance. Pourquoi le début a-t-il été si éprouvant ?

J'étais malade avant la course et, durant les dix derniers jours, j'ai dû me reposer plus que d'habitude. J'ai réussi à faire quelques sorties légères la semaine de l'épreuve, mais sans jamais me sentir vraiment bien. Au départ, tout allait à peu près, mais à mesure que la course avançait, j'ai eu du mal à tenir le rythme du groupe de tête. Il m'a fallu un peu de temps pour trouver un bon rythme, mais une fois chose faite, j'ai commencé à réduire l'écart avec le leader de la course, Dimitri, jusqu'à ce que je le dépasse juste après Massebiau. Je pense que les 15 derniers kilomètres de la course comptent parmi mes meilleures séquences de course à pied à ce jour.

À ce moment-là, avez-vous songé à abandonner ?

Je n'ai pas envisagé d'abandonner, mais j'ai commencé à douter de moi-même, avec des pensées du type : « peut-être n'aurais-je pas dû participer à cette course », « peut-être aurais-je dû écouter ceux qui me conseillaient de privilégier la récupération », ou encore « peut-être que ma préparation n'était pas si bonne ». Sur le plan mental, ce n'était donc pas la situation la plus facile à gérer.

Cette course constitue-t-elle une bonne leçon quant à votre capacité à rester solide face aux difficultés ?

Avec le recul, je dirais que oui. Je ne suis pas quelqu'un qui déborde de confiance en soi ; alors, dès qu'un imprévu surgit et sème le doute, j'ai tendance à perdre confiance en mes capacités et en mon potentiel. Mais si je regarde en arrière, de nombreuses situations prouvent en réalité que je suis capable de m'adapter, de modifier ma stratégie et de rester concentré sur mes objectifs, même dans des moments difficiles.

En 2023, lors de votre venue à Millau, c'était votre première expérience sur une telle distance. Vous avez décroché la deuxième place, en larmes. Cette course a-t-elle marqué, pour vous, le véritable début dans l'univers de l'ultra ?

Oui, je pense que oui, même si je n'aurais jamais pu imaginer le parcours qui allait suivre. Cela dit, je ne me considère toujours pas comme un « ultra-traileur ». Je suis simplement quelqu'un qui court, peu importe la distance ou le terrain.

Vous avez terminé deuxième de la Western States en juin. Pouvez-vous comparer ces deux épreuves ?

Les Templiers sont bien plus vastes que la Western States en termes de participation : environ 35 fois plus ! La Western States est une épreuve emblématique, forte de son histoire et de son importance pour la discipline, surtout aux États-Unis : énormément de gens connaissent et suivent cette course, même sans jamais y avoir pris part. Le tracé des Templiers rappelle par certains aspects celui de la Western States, notamment avec ses sentiers étroits (singletracks) rapides et ses pistes en terre.

Votre préparation pour la Western States a été difficile, car vous vous êtes cassé le bras en avril. Qu’avez-vous retenu de cette période ?

La Western States m’a appris que les choses n’ont pas besoin d’être parfaites ; il suffit qu’elles soient « assez bonnes ». En tant qu’athlètes, nous passons beaucoup trop de temps à remettre en question la qualité de notre entraînement, à nous demander si ce que nous faisons est réellement suffisant pour répondre aux attentes que nous avons vis-à-vis de nos performances. Cette expérience m’a appris qu’il n’y a aucun mal à demander de l’aide et à s’appuyer sur les autres ; elle m’a fait prendre conscience de la force des relations humaines, de l’importance de la confiance en soi et de la nécessité de croire au processus que l’on a choisi.

En mars, vous avez participé au semi-marathon de Paris. Était-ce une bonne expérience pour vous ?

C’était un week-end très agréable, passé avec l’équipe Hoka, ma compagne Rita, mes amis et coéquipiers Jim Walmsley et Jess Brazeau. Après le Black Canyon, en février, où j’avais fait une chute et m’étais luxé l’épaule, c’était le déclic dont j’avais besoin. Sur le plan de la performance, la course n’avait rien d’exceptionnel, mais, sur le plan personnel, il était important pour moi d’être présent.

Cela vous rappelle-t-il vos débuts en course à pied et vos années de lycée dans l'Indiana ?

Oui, bien sûr ! Je cours depuis toujours. J'ai rejoint le club d'athlétisme de ma ville, en Italie, avec ma cousine Martina. Elle avait deux ans de plus que moi et elle était mon modèle. Très vite, je me suis passionné pour la course de fond. J'ai couru un semi-marathon à 13 ans, ce qui, avec le recul, n'était pas la meilleure idée, mais ça a marqué le début de ma relation avec la course ! Pendant mes années de lycée dans l'Indiana, j'ai fait de l'athlétisme et du cross-country et j'ai découvert le plaisir de la course en équipe. Les relations, les liens tissés et les amis sont mes meilleurs souvenirs de cette époque.

Vous semblez préoccupé par les problèmes environnementaux. Pourquoi est-ce si important pour vous ?

Parce que ça me tient à cœur. Je tiens à ce que chacun ait accès à la nature, que les générations futures puissent vivre sur une planète habitable, que l'air et l'eau soient purs, que la biodiversité soit protégée, que les pays pauvres ne paient pas le prix d'une croissance économique sans fin, que l'on puisse encore courir en été sans mourir de chaleur… Après tout, c'est notre vie, notre présent et notre avenir !

Pensez-vous que le trail ait un impact négatif sur l'environnement ?

Je ne le crois pas. Avec un peu de recul, on se rend compte que le trail n'est pas le problème. Ce sont les grandes compagnies pétrolières, notre industrie, notre façon de produire et de consommer l'énergie. Il est néanmoins important de faire notre part et de nous concentrer sur des actions efficaces pour protéger l'environnement, en tant que pratiquants et en tant que sport.

Que faut-il changer ? Et comment ?

Pour moi, il est évident que le modèle économique que nous avons bâti, fondé sur la fausse promesse d'une croissance infinie, ne fonctionne pas. Tant que nous ne changerons pas cela, tant que nous continuerons de croire que l'argent dicte chacune de nos décisions politiques et économiques, je pense que nous serons dans l'impasse. Comment pouvons-nous changer cette situation ? En mettant en œuvre de nouvelles solutions. Prenons l'exemple de l'énergie : nous pouvons transformer le système en rendant les énergies renouvelables moins chères et plus faciles à utiliser que les énergies fossiles. Les solutions existent déjà, mais la transition doit être plus rapide.

Entretien réalisé par Odile Baudrier · Photo Enzo Planes

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