Augustin Kerhardy, de la Picardie aux Causses en passant par Annecy

Augustin Kerhardy s'est imposé sur l'Intégrale des Causses, confirmant les gros progrès de sa saison 2026, où il a fini 5e des France de Trail. Le déménagement du Picard à Annecy a largement contribué à cette évolution, qui le propulse parmi les meilleurs trailers français.
Photo Flash Sport
Avant d'évoquer les Templiers et cette victoire sur l'Intégrale, que représente pour vous le Trail du Bois des Côtes ?
Le Trail du Bois des Côtes représente beaucoup pour moi, car c'est la course qui m'a donné le goût de ce sport. Je suis originaire de Picardie et, en voulant faire ma première course, je suis tombé dessus par hasard. J'ai adoré l'ambiance, la convivialité et le jeu de la compétition. J'ai aussi découvert que je n'étais pas si mauvais pour un petit gars de 18 ans ! Je me suis alors dit : « Allez, pourquoi ne pas essayer de m'investir davantage dans ce sport ? » C'est un peu ma course de cœur. Même si j'habite désormais dans les Alpes, dès que j'ai l'occasion de venir courir en Picardie, j'essaie d'y retourner. C'est important pour moi de garder les pieds sur terre et de continuer à participer à ces petits trails de village qui font aussi la richesse de notre sport.
Vous débutez cette saison par une belle 5e place lors des France de Trail. Vous attendiez-vous à un tel résultat et cela marque-t-il un premier virage réussi vers le haut niveau ?
Au vu de la densité des Championnats de France, je ne m'attendais pas forcément à terminer 5e. Je suis vraiment content d'avoir couru à ce niveau en début de saison, mais je sens que je pouvais faire mieux que ça. J'ai eu du mal à gérer le fait de me retrouver en deuxième position à la suite de l'erreur de parcours des premiers. Cette situation m'a beaucoup appris sur la gestion de mes émotions et sur l'importance de ne pas m'emballer. Mais j'ai aussi pu voir que j'avais passé un cap et que je pouvais jouer devant avec les meilleurs Français. Et on connaît le niveau du trail en France !
Pour progresser dans la hiérarchie française, vous décidez de quitter Paris pour vous rapprocher d'Annecy, l'épicentre économique du trail français. À votre arrivée, comment s'est organisée votre nouvelle vie sur le plan sportif, professionnel et personnel ?
J'ai fait ce choix il y a un an, car je voulais vraiment mettre le plus de chances de mon côté dans ma démarche de haut niveau. Sur le plan sportif, je me suis rapproché de mon entraîneur, Adrien Séguret, et j'ai aussi découvert une belle émulation avec beaucoup de coureurs de haut niveau, qui sont aujourd'hui devenus des copains. C'est vrai que je m'entraîne rarement seul et souvent avec des personnes plus fortes que moi, donc c'est génial ! S'entraîner à la montagne, c'est quand même beaucoup plus simple qu'à Paris. Je ne pense pas que l'on puisse faire du très haut niveau en habitant à Paris toute sa vie. Sur le plan professionnel, je travaille à 80 % dans une entreprise d'éclairage frontal basée à Annecy, qui s'appelle Lagolight et qui conçoit des lampes frontales Made in France. C'est aussi l'un de mes sponsors. Et sur le plan personnel, j'habite avec ma femme et la vie ici est vraiment plaisante. Le sport prend une place très importante dans notre quotidien, mais si on veut débrancher, c'est tout à fait possible aussi.
Vous revendiquez un statut semi-professionnel. Espérez-vous à terme vivre exclusivement de votre passion ?
Oui, j'ai vraiment envie de me professionnaliser de plus en plus pour, à terme, ne faire que ça. Mais il y a une réalité financière et, aujourd'hui, ce n'est pas si facile d'avoir un contrat pro sans devoir « survivre ». J'ai la chance d'avoir des partenaires fidèles qui sont à fond derrière moi et qui comprennent ma démarche ainsi que mon envie de me professionnaliser. J'ai 23 ans, donc il y a de belles histoires sur le long terme à écrire.
Pour revenir aux Templiers, vous aviez couru le Marathon des Causses en 2024. 123e sur 1100 classés… ? Que s'est-il passé ce jour-là ?
Oui, ma première expérience aux Templiers remonte à deux ans. Je venais de signer chez mon sponsor principal et je pense que l'envie de bien faire m'a joué des tours. Je me suis sûrement aussi vu plus beau que je ne l'étais ce jour-là, mais ça m'a calmé, donc c'était bien, et ça m'a montré le taff qu'il y avait à faire.
Vous arrivez donc cette année en terre templière avec un petit aperçu de ce que peut être ce terrain si spécifique. Pourquoi avoir choisi l'Intégrale des Causses ?
J'ai choisi ce format de course car, après l'OCC qui ne s'était pas bien passée, j'étais initialement revenu sur le 80 km. Mais la préparation d'un 80 km me demande plus d'implication physique et mentale que celle d'un 60 km. J'ai donc choisi cette distance, car j'avais vraiment envie de revenir courir aux Templiers sans prendre le risque de me blesser ou d'être lessivé.
Au départ, sur le papier, votre plus clair opposant semble être Mélaine Le Palabe. Vous allez ainsi mener une course attentiste et prendre les commandes entre Mas de Bru et Massebiau. Était-ce la course parfaite sur le plan stratégique ?
Oui, c'était génial de courir avec Mélaine, car c'est un copain et on partage le même maillot. Mélaine va très vite à plat, donc j'ai fait le choix de vraiment faire ma course sans me fier aux autres. Je suis parti plus prudemment, car je savais que la course était longue et que la fin du parcours serait assez difficile. Mélaine a rapidement pris les commandes, puis, au km 35, on s'est retrouvés. C'était génial de faire un bout de course ensemble ! Ensuite, je me suis détaché tranquillement dans la descente vers Massebiau puis j'ai tout donné jusqu'à la ligne d'arrivée.
Deux semaines après cette belle victoire, quels sont les deux plus beaux instants, émotionnel et visuel, que vous gardez de cette épreuve ?
Je suis vraiment heureux de finir la saison sur une si belle note et d'avoir réalisé un aussi bon chrono. Je pense que c'est l'une de mes courses les plus abouties de la saison.
L'arrivée m'a beaucoup ému, car je me suis vraiment dit : « C'est bon, tu peux souffler, la saison est terminée ! » Visuellement, vers le km 20, il y avait une mer de nuages sur les Causses. C'était sublime !
Vous représentez la nouvelle vague des trailers français. Que retenez-vous de l'histoire des premiers trails pionniers de la discipline et que vous inspirent aujourd'hui les tendances actuelles du trail running ?
L'histoire des premiers trails de la discipline, comme les Templiers, m'inspire beaucoup, car ce sont des trails historiques, chargés d'histoire, avec des athlètes très inspirants qui sont venus courir et qui ont fait qu'aujourd'hui, le trail existe et devient si populaire. L'exemple des Templiers, c'est un mélange de tout : une grosse organisation, proche des plus grands trails français, mais où l'on ressent encore cette ambiance et cet esprit « trail de village » qui sont si riches et si importants à préserver. La tendance du trail aujourd'hui est certainement en train de prendre un tournant. Il y a de plus en plus de pratiquants, de plus en plus de courses, de sponsors, d'argent et de niveau. Je ne sais pas trop où cela va nous mener, mais j'espère que l'esprit du trail restera le même. Je trouve ça super de voir que ce sport explose et, en tant qu'athlète élite, c'est aussi grâce à ça que l'on peut vivre de notre sport, donc on ne peut pas se plaindre. Nous sommes des privilégiés.
Pour conclure, la saison n'est peut-être pas totalement terminée. Si oui, quel sera votre prochain dossard ?
La saison est terminée pour moi. Je suis en coupure encore quelques jours et ça me fait beaucoup de bien de me régénérer physiquement et mentalement. En guise de reprise, je serai sur le relais de la SaintéLyon avec ma femme. C'est chouette aussi de participer à ce genre d'événement sans la pression de la compétition. Et après ça, cap vers la nouvelle saison !
Merci aux Templiers pour tout ce que vous faites pour notre sport et pour l'organisation d'un si bel événement !



























